Drishtis et « yoga des yeux »

Les yogis ont, depuis toujours, porté une attention particulière au regard; les yeux étant des organes qui envoient un maximum d’informations au cerveau, dès lors que l’on souhaite se calmer, canaliser ses pensées, il va être nécessaire de contrôler ses mouvements oculaires.

Ainsi, que ce soient dans les postures, les souffles ou les concentrations, le regard sera positionné de telle ou telle façon (yeux ouverts ou fermés) selon l’effet énergétique recherché. Dans les séances, certaines positions des yeux sont utilisées régulièrement: le regard convergent sur le point inter-sourcilier (brhumaddya drishti), sur le bout du nez (nasagra drishti) ou encore convergents le plus haut possible dans le front (shambhavi drishti). L’intérêt sera notamment d’amener plus de conscience afin d’éviter la dispersion mentale, de favoriser la concentration ainsi que l’immobilité.

Qu’est-ce que le « le yoga des yeux » ?

Quand on entend parler de yoga des yeux aujourd’hui, il est très souvent question d’une méthode mise au point dans les années 1920, par un ophtalmologue américain, le docteur W.H. Bates (1860-1931). Son but était d’améliorer la vue, soulager la fatigue oculaire et prévenir le presbytie en pratiquant une rééducation des yeux par leur mouvement.

Cette méthode a fait ses preuves. Son but est de muscler les yeux (les muscles accrochés au globe oculaire) mais aussi de les assouplir et d’en stimuler l’irrigation. C’est une méthode douce qui peut être efficace si le protocole est effectué quotidiennement par le patient.

A l’époque, l’écrivain Aldous Huxley tira de tels bénéfices de la mise en pratique des exercices préconisés par ce procédé thérapeutique qu’il écrivit alors L’art de voir (paru en 1942) par gratitude envers le docteur W.H.Bates.

Aujourd’hui encore, des professionnels de la santé se forment partout dans le monde à la méthode Bates.

Les similitudes entre certaines pratiques yoga issues de textes bien antérieurs au XXe siècle et la méthode Bates sont sans aucun doute liées au fait qu’on nomme communément cette dernière « le yoga des yeux ».

Dans la tradition du hathayoga,

Nous allons trouver des pratiques dédiées dans lesquelles on s’essaiera à lier mouvements oculaires, souffle, visualisation et mantra.

A l’instar de la méthode Bates, les drishtis seront vraiment bénéfiques pour soulager la fatigue oculaire (notamment celle liée à l’exposition aux écrans), ils auront également un effet préventif sur la dégradation visuelle. En effet, les yeux ont des muscles que l’on utilise rarement dans toute leur amplitude. La stimulation régulière du nerf optique avec des mouvements inhabituels au quotidien va sensiblement impacter sur le processus de vieillissement oculaire.

D’un point de vue yogique, l’idée est toujours que le physiologique, le mental et l’énergétique sont liés. Dans ce sens, ces techniques seront aussi abordées sous l’angle non négligeable de leurs effets énergétique et mental.

En effet, les yeux, dans le hatha yoga, sont reliés au chakra du ventre (manipura chakra). En travaillant sur ce chakra, on va impacter sur tout ce qui est de l’ordre de la digestion physiologique mais aussi symbolique (celle des événements).

L’hyper émotivité, la réactivité, la colère, et j’en passe sont des processus mentaux que l’on peut pacifier avec des techniques comme les drishtis. Plus de recul, plus de clarté d’esprit, des réactions comme canalisées, voilà les promesses des ces pratiques calmantes et régulatrices du mental.

Et dans la pratique

…car la théorie doit définitivement laisser la place à la pratique, celle où l’on va expérimenter pour soi et sur soi tout cela, voici 2 techniques de drishtis que l’on placera volontiers en fin de séance.

HASTA DRISHTI

Ici, le mieux est de s’asseoir en pliant les coudes sur les genoux. Les avants bras seront parallèles et forment un carré dans l’espace devant soit ( les sommets du carré sont les index pointés vers le plafond et les coudes posés sur les genoux).

Dans cette assise, on va prendre soin de garder la tête bien droite, d’installer la contraction de la base (mulabandha) et de garder un souffle tout tranquille qui monte et descend dans l’axe avec le mantra SO (insp) HAM (exp).

Et on va commencer un mouvement du regard le plus rapide possible selon 8 phases (chacune durant environ 30s):

  • d’un index à l’autre.
  • d’un coude à l’autre.
  • index gauche coude gauche.
  • index droit coude droit.
  • en diagonale, index gauche coude droit.
  • l’autre diagonale, index droit coude gauche.
  • le carré complet dans un sens (index droit, index gauche, coude gauche, coude droit.)
  • puis le carré dans l’autre sens.

Pendant ces 8 phases, le regard est très rapide, le souffle est tranquille ( pas d’apnée!!) et… seuls les yeux bougent (tête immobile).

A la fin, on va fermer ses yeux, frotter ses mains l’une contre l’autre afin de créer de la chaleur sur ses paumes pour les poser ensuite sur ses yeux toujours fermés en prenant une inspiration. On reste ainsi pendant sa rétention à plein. Sentir la chaleur, la détente et le calme.

Puis expirer, reposer ses mains sur le genoux et savourer quelques minutes en gardant les yeux fermés.

DRISHTI ET TRYABANDHA

En assise, on commence par installer les bandhas (contractions): le mulabandha (sphincter externe comme « remonté »), uddyanabandha (ventre rentré)  et jalandharabanda (menton abaissé au max), les bras sont tendus, paumes de main sur les genoux. On doit rester ainsi toute la durée de la posture.

  • On porte le regard devant soi, sur le sol (position neutre) puis en expirant, on le porte à gauche, rétention à vide, le regard reste très à gauche.
  • En insp, le regard repasse neutre puis en exp, regard à droite et rétention  à vide.
  • Insp, regard neutre, exp, le regard fixe le bout de ton nez, rétention à vide.
  • Insp, regard neutre, exp, le regard devient convergent entre les 2 yeux, rétention à vide.
  • Insp, regard neutre, exp, le regard est convergent le plus haut possible, rétention à vide.
  • Insp, regard neutre. 

Là, on a fait un cycle, il faudrait en faire 3 (ou 5) avec un rythme 4s insp, 8s exp et pour la rétention à vide 12s ou 16 s. La concentration est dans le ventre avec le son RAM sur chaque rétention à vide en visualisant le feu dans le chakra manipura et en ayant les yeux grands ouverts. 

A la fin du dernier cycle, relâcher les bandhas en expirant, relâcher un peu tout et rester en assise les yeux fermés pour observer et ressentir.

Un moment lumineux, on se sent vraiment paisible, calme, bien éveillé et l’esprit clair.

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